Soutine à De Kooning, une mélancholie joyeuse?
DOI :
https://doi.org/10.4454/6bp2x926Mots-clés :
Soutine, De Kooning, melancholy, convulsion, psychoanalysis, flesh, representation, survivalRésumé
Cet article propose de lire la rencontre différée entre Chaïm Soutine et Willem de Kooning non comme une simple filiation formelle, mais comme la transmission souterraine d’une peinture travaillée par la mélancolie, la convulsion et l’instabilité du corps. À partir du choc éprouvé par De Kooning devant les tableaux de Soutine, il s’agit de montrer que ce qui se transmet n’est pas un style, mais une manière de faire vaciller le visible. En croisant histoire de l’art et psychanalyse, l’article mobilise Freud, Lacan, Didi-Huberman et Deleuze pour penser la mélancolie non seulement comme retrait ou perte, mais comme force de dispersion et de relance du geste créateur. La notion de « convulsif » permet alors de saisir une peinture où la figure se défait, où la chair déborde le corps, et où l’image devient le lieu d’une tension entre mémoire, affect et survivance. Chez Soutine comme chez De Kooning, la carcasse, le cri muet, la bouche tordue ou le tremblement de la figure signalent une crise du semblant. La peinture n’y stabilise plus le monde : elle en enregistre les secousses, transformant la perte mélancolique en puissance d’invention.
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